Comment rembourser les frais de recharge à domicile de ses salariés : méthodes, pièges et conformité URSSAF
Avec l’accélération de l’électrification des flottes, la question du remboursement des frais de recharge à domicile devient un sujet RH et paie incontournable. Un salarié qui recharge son véhicule de fonction chez lui toutes les nuits engage des frais d’électricité réels. L’entreprise peut — et dans bien des cas doit — les prendre en charge. Mais comment le faire correctement, sans risque de redressement URSSAF ?
La réponse dépend d’un paramètre fondamental que beaucoup d’employeurs ignorent : le traitement social est radicalement différent selon que le véhicule rechargé appartient à l’entreprise (véhicule de fonction) ou au salarié (véhicule personnel). Confondre les deux, c’est s’exposer à une requalification en avantage en nature soumis à cotisations.
Ce guide détaille les méthodes légales, les plafonds en vigueur en 2026 et les pièges à éviter, sur la base des textes officiels : arrêté du 25 février 2025 (Légifrance), BOSS mis à jour le 12 mars 2025, et doctrine URSSAF.

Rembourser les frais de recharge à domicile : un enjeu RH, fiscal et social que chaque entreprise doit structurer avec précision.
Le préalable indispensable : véhicule de fonction ou véhicule personnel ?
Avant toute chose, il faut identifier la nature du véhicule rechargé. C’est le critère qui détermine l’intégralité du régime applicable.
- Véhicule de fonction électrique (appartenant à l’entreprise ou en LLD, mis à disposition permanente du salarié) : les frais d’électricité pris en charge par l’employeur sont systématiquement exclus du calcul de l’avantage en nature, quel que soit le lieu de recharge. C’est une règle posée par l’arrêté du 25 février 2025 et confirmée par le BOSS au § 900 (mise à jour 12 mars 2025).
- Véhicule personnel du salarié utilisé à des fins professionnelles : le régime est différent. Si l’employeur prend en charge directement les frais d’électricité, ce remboursement est soumis à cotisations sociales, sauf à passer par les dispositifs légaux prévus à cet effet (prime transport ou indemnités kilométriques). La source sur ce point est explicite : selon le BOSS, « si l’employeur prend en charge les frais d’électricité pour la recharge d’un véhicule appartenant au salarié, ce montant devra être soumis à cotisations ».
Lire aussi : Recharge véhicule électrique à domicile en entreprise : le guide complet 2026
Cas 1 — Véhicule de fonction : remboursement des frais d’électricité à domicile
C’est le cas le plus courant dans les flottes électrifiées : le salarié ramène son véhicule de fonction chez lui et le recharge sur sa prise ou sa borne. L’entreprise souhaite lui rembourser l’électricité consommée pour les kilomètres professionnels.
Ce que dit le texte de loi
L’arrêté du 25 février 2025 (Légifrance, JORFTEXT000051254024) est sans ambiguïté : pour tout véhicule de fonction électrique, les frais d’électricité pris en charge par l’employeur ne sont pas pris en compte dans le calcul de l’avantage en nature, que l’évaluation soit forfaitaire ou au réel. Cette règle s’applique jusqu’au 31 décembre 2027.
Autrement dit, l’entreprise peut rembourser l’électricité consommée à domicile pour le véhicule de fonction sans que ce remboursement n’entre dans l’assiette des cotisations sociales au titre de l’avantage en nature véhicule.
Méthode 1 : remboursement au réel (recommandée par le BOSS)
Le BOSS préconise le remboursement au réel pour les véhicules de fonction. Cette méthode consiste à rembourser les kWh effectivement consommés pour les déplacements professionnels, sur la base de justificatifs.
Pour être valide, elle nécessite :
- Un dispositif de mesure fiable permettant d’isoler la consommation du véhicule : borne connectée avec supervision, prise avec compteur dédié ou solution de télématique véhicule permettant de corréler les kWh rechargés aux kilomètres professionnels parcourus.
- Une distinction claire entre usage professionnel et usage personnel du véhicule.
- La conservation des justificatifs en cas de contrôle URSSAF.
Le montant remboursé correspond aux kWh consommés multipliés par le tarif contractuel de l’électricité du salarié (en distinguant idéalement heures pleines et heures creuses). Le surcoût éventuel d’abonnement (passage à une puissance supérieure pour installer la borne) peut également être remboursé au prorata de l’usage professionnel, sur justificatifs.
Méthode 2 : remboursement forfaitaire
Le BOSS autorise le remboursement sous forme de forfait, à condition que celui-ci soit justifié par une méthode documentée et ne couvre que la part professionnelle. Un forfait non justifié peut être requalifié par l’URSSAF en avantage en nature soumis à cotisations.
En pratique, un forfait mensuel calculé sur la base du nombre de kilomètres professionnels déclarés, du taux moyen de consommation du véhicule (kWh/100 km) et du prix moyen de l’électricité domestique constitue une base documentaire suffisante.
⚠️ Point de vigilance : le forfait doit faire l’objet d’une traçabilité interne et être révisable si les conditions changent (contrat d’énergie, kilométrage, usage du véhicule). Un forfait figé sur plusieurs années sans actualisation sera plus difficile à défendre en cas de contrôle.
Cas 2 — Véhicule personnel du salarié : les deux dispositifs légaux
Lorsque le salarié utilise son propre véhicule électrique à des fins professionnelles — y compris pour les trajets domicile-travail — et le recharge chez lui, deux dispositifs permettent à l’employeur de contribuer aux frais, dans un cadre exonéré de cotisations.
La prime transport (alimentation VE/hybride/hydrogène)
L’employeur peut verser une prime transport facultative pour couvrir les frais d’alimentation d’un véhicule électrique, hybride rechargeable ou hydrogène utilisé pour les trajets domicile-travail.
Cette prise en charge est exonérée de cotisations et contributions sociales dans la limite de 500 € par an et par salarié (article 81, 19° ter du Code général des impôts, confirmé par le BOSS — rubrique Frais professionnels, § 860).
Conditions et exclusions à connaître :
- Cette prime est facultative : l’employeur n’est pas obligé de la verser.
- Elle est incompatible avec la mise à disposition d’un véhicule de fonction avec prise en charge des frais d’énergie par l’employeur.
- Elle ne peut pas se cumuler avec la déduction forfaitaire spécifique (DFS) pour frais professionnels.
- Sa mise en place dans le secteur privé nécessite un accord d’entreprise ou une décision unilatérale de l’employeur après consultation du CSE.
Les indemnités kilométriques avec majoration VE
Lorsque le salarié utilise son véhicule personnel pour des déplacements professionnels, l’employeur peut lui verser des indemnités kilométriques sur la base du barème fiscal publié chaque année. Pour les véhicules électriques, ce barème est majoré de 20 % (source : URSSAF.fr — Frais professionnels, barèmes en vigueur).
Ces indemnités kilométriques sont exonérées de cotisations sociales dans la limite du barème fiscal, sous réserve que l’employeur puisse justifier en cas de contrôle : la réalité des déplacements, les kilomètres parcourus et leur caractère professionnel.
⚠️ Attention à la confusion fréquente : les indemnités kilométriques couvrent l’ensemble des frais d’utilisation du véhicule (amortissement, assurance, entretien, énergie). Elles ne sont pas un remboursement de l’électricité en tant que tel, mais une évaluation forfaitaire de l’ensemble des frais engagés.
La borne à domicile financée par l’employeur : quel régime social ?
Lorsque l’entreprise finance l’achat et l’installation d’une borne IRVE au domicile de son salarié, elle lui accorde un avantage dont le traitement social est encadré par l’arrêté du 25 février 2025 (article 4, 2°). Les règles au 1er janvier 2026 sont les suivantes :
- Borne retirée à la fin du contrat de travail : la prise en charge par l’employeur est intégralement exclue de l’assiette des cotisations sociales, sans plafond. C’est le régime le plus favorable.
- Borne maintenue au domicile du salarié, borne de moins de 5 ans : exonération dans la limite de 50 % des dépenses réelles, plafonnée à 1 057,10 €. La fraction dépassant ce seuil constitue un avantage en nature soumis à cotisations.
- Borne maintenue, borne de plus de 5 ans : exonération dans la limite de 75 % des dépenses réelles, plafonnée à 1 585,50 €.
Ces plafonds sont revalorisés chaque année. Ils s’appliquent aux frais d’achat, d’installation et aux autres frais liés à l’utilisation de la borne (maintenance, surcoût d’abonnement), à l’exclusion des frais d’électricité qui suivent le régime du véhicule concerné.
Le Forfait Mobilités Durables : un levier complémentaire
Le Forfait Mobilités Durables (FMD) permet à l’employeur de prendre en charge certains trajets domicile-travail via des modes de déplacement dits « durables ». Il peut, sous conditions, se cumuler avec la prime transport pour l’alimentation d’un véhicule électrique.
L’enveloppe globale exonérée est de 900 € par an et par salarié, combinant FMD et prise en charge d’abonnement aux transports en commun (source : URSSAF.fr — Frais professionnels). Sa mise en place dans le secteur privé passe obligatoirement par un accord d’entreprise ou une décision unilatérale après consultation du CSE lorsqu’il existe.
Les 5 pièges qui exposent à un redressement URSSAF
- Piège n°1 — Rembourser l’électricité d’un véhicule personnel comme s’il s’agissait d’un véhicule de fonction. La distinction est fondamentale : pour un véhicule appartenant au salarié, un remboursement direct des frais d’électricité sans passer par la prime transport ou les IK est soumis à cotisations.
- Piège n°2 — Utiliser un forfait non documenté. Le BOSS autorise le forfait, mais exige une méthode justifiable. Un virement mensuel sans base de calcul documentée sera requalifié en avantage en nature.
- Piège n°3 — Oublier la condition d’éco-score pour l’abattement de 70 %. L’abattement renforcé sur l’avantage en nature véhicule ne s’applique qu’aux véhicules mis à disposition à partir du 1er février 2025 et respectant le score environnemental requis pour le bonus écologique. Les autres véhicules restent au taux de 50 %.
- Piège n°4 — Ne pas distinguer frais de borne et frais d’électricité. Ces deux postes suivent des règles différentes. L’électricité d’un véhicule de fonction est exclue de l’AEN. La borne au domicile maintenue est un avantage en nature plafonné. Les confondre génère des erreurs de déclaration.
- Piège n°5 — Cumuler prime transport et prise en charge des frais d’énergie du véhicule de fonction. Un salarié qui bénéficie d’un véhicule de fonction avec prise en charge de l’électricité ne peut pas bénéficier en sus de la prime transport. Le cumul est expressément exclu par le BOSS.
Pourquoi la traçabilité est la clé de la conformité
Quel que soit le dispositif retenu, la conformité URSSAF repose sur un principe commun : la capacité à justifier les montants remboursés. En cas de contrôle, c’est à l’employeur d’apporter la preuve du respect des conditions d’exonération — la doctrine du BOSS est opposable à l’URSSAF sur le fondement de l’article L. 243-6-2 du Code de la sécurité sociale, mais à condition que les conditions soient effectivement respectées et documentées (source : Valnoa Avocat / BOSS).
En pratique, gérer manuellement le remboursement de la recharge domicile — collecte des relevés, calcul des kWh professionnels, traçabilité par salarié et par véhicule — représente une charge administrative significative et une source d’erreurs régulières. Les solutions de gestion de recharge connectées permettent d’automatiser cette chaîne : mesure des consommations depuis la borne, distinction usage pro/perso, calcul des montants remboursables et production des justificatifs — le tout en conformité avec les exigences du BOSS.
Récapitulatif : quelle méthode pour quelle situation ?
| Situation | Dispositif applicable | Plafond d’exonération 2026 | Justificatifs requis |
|---|---|---|---|
| VE de fonction — remboursement électricité domicile | Remboursement au réel ou forfait documenté | Pas de plafond (exclu de l’AEN) | Oui (kWh mesurés ou méthode documentée) |
| Borne domicile financée par employeur — retirée fin contrat | Exonération totale (arrêté 25/02/2025) | Aucun plafond | Non |
| Borne domicile financée — maintenue, < 5 ans | Régime dérogatoire (art. 4, 2°, arrêté 25/02/2025) | 50 % des dépenses, max 1 057,10 €/an | Factures d’achat/installation |
| Borne domicile financée — maintenue, > 5 ans | Régime dérogatoire (art. 4, 2°, arrêté 25/02/2025) | 75 % des dépenses, max 1 585,50 €/an | Factures d’achat/installation |
| Véhicule personnel salarié — trajets domicile-travail | Prime transport alimentation VE | 500 €/an (art. 81 19° ter CGI) | Oui (justificatif trajets) |
| Véhicule personnel salarié — déplacements pro | Indemnités kilométriques + majoration 20 % VE | Barème fiscal (+ 20 % pour VE) | Oui (km parcourus, trajets) |
Conclusion
Rembourser les frais de recharge à domicile de ses salariés est non seulement possible, mais fiscalement avantageux — à condition de respecter les règles en vigueur et de distinguer avec précision les situations. Véhicule de fonction ou personnel, borne retirée ou maintenue, remboursement au réel ou forfait documenté : chaque choix a des conséquences sociales et fiscales différentes.
La vraie difficulté n’est pas de comprendre les règles — elles sont publiées et opposables — c’est de les appliquer correctement à l’échelle d’une flotte, avec la traçabilité nécessaire pour résister à un contrôle URSSAF. C’est exactement ce que les outils de gestion de recharge connectés permettent d’adresser : mesurer, documenter et automatiser, pour que la conformité ne soit plus une charge mais un acquis.
Sources et références officielles
- Arrêté du 25 février 2025 relatif à l’évaluation des avantages en nature — Légifrance (texte intégral)
- BOSS — Mise à jour du 12 mars 2025 : avantages en nature véhicule et borne de recharge
- URSSAF.fr — Avantages en nature : véhicule et borne de recharge (mis à jour mars 2026)
- URSSAF.fr — Frais professionnels : prime transport, forfait mobilités durables, indemnités kilométriques
- BOSS — Bulletin Officiel de la Sécurité Sociale (doctrine opposable, § 860, § 900, § 930)
- Article 81, 19° ter du Code général des impôts — prime transport alimentation VE
- AVERE-France — Ce qui change en 2026 pour la mobilité électrique (janvier 2026)